Concombre mortel : l’Europe s’alarme

Concombre mortel : l’Europe s’alarme

 

Un champ de concombres dans le sud de l’Espagne. Reuters/Francisco Bonilla

Par Myriam Berber

L’Europe continue de s’interroger sur l’origine de l’Escherichia Coli. Cette bactérie retrouvée dans des concombres a déjà provoqué une quinzaine de décès et intoxiqué gravement plus de 300 personnes en Allemagne. D’autres cas ont été recensés en Europe du nord. Plusieurs pays ont décidé d’arrêter les importations de concombres.

La Russie a interdit les importations de concombres espagnols et allemands. Même interdiction en Belgique mais cela concerne uniquement les concombres espagnols. Pour sa part, l’Italie a décidé de renforcer les contrôles à la frontière, tandis que l’Autriche et la République tchèque ont mis en place des inspections des légumes dans les étals et les supermarchés. Le Royaume-Uni, la Suède ou bien encore la France ont également pris des mesures pour vérifier certains lots de légumes considérés comme suspects.

Toutes ces mesures sont révélatrices de l’inquiétude de l’Europe. La question a largement été évoquée, mardi, lors d’un Conseil européen des ministres de l’Agriculture à Debrecen en Hongrie, alors que les autorités sanitaires européennes recherchent toujours l’origine de cette bactérie qui a déjà tué une quinzaine de personnes en Allemagne.

Des produits bio mis en cause

L’épidémie a démarré dans le nord de l’Allemagne, il y a trois semaines. La bactérie en cause a été identifiée rapidement, mais une telle propagation, c’est du jamais vu. Plus de 350 malades présentent des symptômes graves, diarrhées sanglantes et troubles rénaux sévères. Des cas ont également été signalés en Suède, au Royaume-Uni, au Danemark, aux Pays-Bas, en Autriche, en Suisse et en France, mais ils sont tous apparemment venus d’Allemagne.

Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), la souche rare d’Eceh qui frappe l’Allemagne est très virulente et résiste au traitement habituel par dialyse. Elle touche principalement les adultes, or généralement, la bactérie entraine des formes moins sévères et touchent surtout des enfants en bas âge. Le germe en question aurait été décelé sur des concombres en provenance d’Espagne, dont certains seraient issus de l’agriculture biologique. Les exploitations incriminées Hort O Fruticola et Frunet Bio basées en Andalousie auraient été fermées.

Mais de nombreuses questions restent en suspens. En effet, 20% des personnes malades n’auraient pas mangé de concombres. Mardi, pour la première fois depuis le début de la crise, les autorités allemandes ont exprimé des doutes sur la responsabilité de concombres espagnols. Les premiers tests effectués sur des concombres espagnols ont, en effet, révélé la présence d’une autre souche de la bactérie E.coli que celle qui a contaminé les malades. Dans l’attente de certitudes sur le produit incriminé, le ministre allemand de l’Agriculture déconseille la consommation de concombres, mais également de tomates crues et de salades.

Psychose sur les fruits et légumes espagnols

La bactérie en question se trouve dans le tube digestif des ruminants et peut se retrouver sur des légumes et fruits via les déjections animales. Un fumier infecté pourrait être responsable de cette contamination. Elle aurait pu également se faire lors de du transport ou du déchargement dans le port de Hambourg.

Une suspicion qui touche désormais tous les légumes si l’on en croit la Fédération espagnole des producteurs-exportateurs de fruits et légumes (Fepex). « Les produits les plus touchés sont en grande mesure, les légumes, mais dans un deuxième temps, les fruits aussi sont affectés. Nous évaluons les pertes à environ 200 millions d’euros par semaine », a expliqué Jorge Brotons, le président de la Fepex. Madrid se dit injustement mise en cause et demande à l’Union européenne « une réponse pour les dommages irréparables » provoqués par cette crise sanitaire.

En France, les producteurs n’hésitent à profiter de cette crise pour recommander aux consommateurs d’acheter des produits français. Pour Angélique Delahaye, présidente de la Fédération nationale des producteurs de légumes de France, il n’est pas surprenant que ces désordres sanitaires aient lieu outre-Rhin : « l’Allemagne est la championne du hard discount, avec du concombre d’Espagne, championne du low cost. En France, on est soumis à des contraintes sanitaires et environnementales. L’eau que l’on utilise pour arroser les légumes est, par exemple, soumis à de nombreuses analyses ».

Pour en savoir plus :

Informations sur la bactérie E.coli entérohémorragique
http://www.anses.fr/index.htm
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs125/fr/index.html

Le syndicat Légumes de France
http://www.fnplegumes.org/sites/fnplegweb/

 

Source :http://www.rfi.fr/europe/20110531-concombre-mortel-europe-s-alarme

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